Avec la sortie de Casino Royale le 23 mai sur Blu-ray Disc et Universal Media Disc, Martin Campbell, réalisateur du film, nous explique la genèse du nouveau Bond.
Une dizaine d'années après GoldenEye, vous avez réalisé votre deuxième James Bond. À chaque fois vous avez eu la responsabilité de guider un nouvel acteur dans le rôle de 007 : Pierce Brosnan dans GoldenEye et Daniel Craig avec Casino Royale. Avez-vous remarqué une différence pour ce deuxième film ?
Le concept était complètement différent, puisque GoldenEye était un James Bond assez classique selon moi. Il nous permettait de découvrir un nouvel acteur dans le rôle de Bond, mais le scénario restait fidèle aux poncifs de la série, si ce n'est que 006 était du côté des ennemis. On retrouvait les thèmes habituels, notamment celui des méchants qui veulent détruire le monde. Casino Royale est bien moins tiré par les cheveux. Par exemple, vous n'y trouverez pas d'explosion dans une immense salle de contrôle ni de cascades irréalistes.
En 1995, on a dit que vous aviez donné un nouvel élan au personnage. À la sortie de GoldenEye, certains se demandaient si cette nouvelle formule allait porter ses fruits. C'est toujours la même histoire quand vous mettez en scène un nouvel acteur dans le rôle de James Bond ?
C'est seulement le deuxième Bond que je réalise ! Et n'oubliez pas qu'avant GoldenEye, huit ans s'étaient écoulés depuis la sortie du précédent film de James Bond, Permis de Tuer, avec Timothy Dalton. Pierce (Brosnan) était idéal pour reprendre le rôle. De plus, le public avait soif de James Bond. À cause d'un problème juridique, les producteurs n'avaient pas pu lancer le tournage d'une nouvelle aventure. C'est pour cela que l'attente avait été si longue. Tout le monde a adoré Pierce. Je pense que le public avait hâte de découvrir un nouveau James Bond.
Avez-vous eu votre mot à dire dans le choix de Daniel Craig ?
Absolument. Le choix du nouveau James Bond devait être un consensus entre toutes les personnes concernées, y compris Barbara (Broccoli) et Michael (Wilson). Nous avons auditionné de nombreux acteurs. Les rumeurs allaient bon train, mais nous avons fait un essai avec tous les postulants. D'autres noms avaient été avancés, mais le choix s'est finalement porté sur Daniel. Nous savions que c'était l'homme de la situation. C'est aussi simple que ça.
Qu'appréciez-vous chez Daniel ?
Tout d'abord, c'est un excellent acteur. Ensuite, il correspondait à l'idée que nous nous étions faite et était mieux à même que quiconque de répondre à nos attentes, notamment en termes de réalisme. Casino Royale est un roman fascinant. Il s'agit du premier livre écrit par Ian Fleming, en 1953. L'action se déroule en pleine guerre froide et l'une des organisations figurant dans l'intrigue est le Smersh, sorte de KGB inventé par Fleming. En outre, le roman est très réaliste. On n'y trouve pas d'exagération. Les scènes d'action sont ancrées dans la réalité et Bond est très crédible. Contrairement à l'image que véhiculent les films, on est à des lieues du maître-espion séducteur, vêtu du sempiternel smoking.
Ce n'est donc pas l'homme raffiné que tout le monde pense connaître ?
Voilà. On pourrait résumer en disant qu'il vient d'acquérir son permis de tuer, représenté par son matricule 007, et qu'il s'attaque à sa première mission. Il n'est pas encore très aguerri. Ainsi, il exécute un ennemi d'une manière qui n'a rien d'esthétique. Cette mort ne le laisse pas indifférent. D'autre part, il est intéressant de constater que dans le roman, il boit comme un trou et qu'il fume près de 70 cigarettes par jour ! (rires)
C'est une autre époque...
Ce n'est rien de le dire. James Bond est vulnérable. Ce personnage a des zones d'ombre. Les choses ne sont pas faciles pour lui. Il est très misogyne et s'en explique dans le roman. Il y a notamment un excellent passage qui explique pourquoi il déteste les aventures sentimentales. Il décrit les étapes douloureuses d'une séparation d'une manière très véridique, en évoquant parfaitement l'amertume qui s'ensuit. Bien entendu, à l'époque, Ian Fleming était sur le point d'épouser une femme avec laquelle il n'avait aucune envie de se marier. Ses sentiments se retrouvent dans le roman.
Vous avez de toute évidence donné une touche contemporaine au scénario.
Nous n'avons pas eu le choix car la première moitié du roman se déroule pendant la guerre froide. Dans le roman, Le Chiffre est un agent communiste, une sorte d'élément subversif qui agit pour le compte du KGB dans le sud de la France. Il réceptionne de l'argent qui doit servir à alimenter les syndicats, afin de perturber la bonne marche de l'industrie pour préparer une offensive soviétique éventuelle. Il investit une partie de cette somme dans une maison close et trois mois plus tard, la loi sur la prostitution change. Il est ruiné et pour ne rien arranger, c'est l'argent du KGB qu'il a perdu. Pour se refaire, il décide donc de jouer l'argent qu'il lui reste au Baccarat (jeu de hasard), dans un casino. Dans le film, nous avons préféré organiser une partie de Texas Hold'em (variante du poker). Sur ce plan, on reste donc fidèles au roman.
Dans notre version, Le Chiffre est le banquier d'organisations terroristes mondiales. Son rôle consiste à récupérer et blanchir l'argent des terroristes, puis à l'investir et le tenir à leur disposition. Bien sûr, les gouvernements tentent de s'interposer. Un organisme situé à Paris remplit notamment ce rôle. Le Chiffre utilise l'argent que lui a confié une organisation terroriste pour spéculer. Bien entendu, il perd tout et doit récupérer ses pertes. Nous avons donc légèrement modifié l'intrigue par rapport au roman. James Bond se lance à ses trousses.
Quels films vous ont convaincu que Daniel avait l'étoffe de 007 ?
Disons que Layer Cake avait un certain charme, malgré le fait que le film soir axé sur la drogue. Il est très charmant dans ce film. On aurait tendance à l'associer à des rôles plus solides, tels que Délires d'amour, The Mother et Sylvia. Je l'ai trouvé excellent dans Munich. C'est l'un de ses meilleurs rôles, malgré le faible nombre de répliques de son personnage. Il dégage une énergie phénoménale dans ce film et il a une présence incroyable. Comme je l'ai dit, ce James Bond se devait d'être plus sombre et Daniel a toutes les qualités nécessaires pour évoluer dans ce registre, comme c'était le cas pour (Sean) Connery dans un sens. Il émane de lui un côté aussi sombre que pour Connery. Par sa présence, il prouve qu'il est capable de faire des dégâts. C'est également le cas pour Daniel.
Pensiez-vous que la franchise James Bond avait besoin d'être dépoussiérée ?
Tout à fait. Le précédent film avait fait un carton au box-office, mais comme l'ont dit Barbara et Michael à l'époque, il était impossible de continuer indéfiniment sur la même voie. On ne peut pas éternellement resservir le scénario du héros qui affronte le monde entier à lui tout seul. Sinon, les différents films finissent par se répéter.
D'autres films récents vous ont-ils également incité à réinventer James Bond ? Les deux films qui mettent en scène Jason Bourne, avec Matt Damon, ont eu un immense succès.
Ils sont dans l'air du temps. J'adore La Mort dans la peau. Paul Greengrass est un réalisateur très doué. Il a un style très proche du documentaire, ce qui augmente le réalisme de ses films. On a donc immanquablement été influencés par ces longs-métrages. En outre, je pense que Cubby Broccoli avait toujours rêvé de produire Casino Royale. L'un de ses objectifs était d'obtenir les droits du roman afin de le porter sur grand écran, mais il est mort avant d'avoir pu le faire. En constatant que les droits étaient disponibles, Barbara et Michael ont sauté sur l'occasion.
Propos recueillis à Londres, lors du montage de Casino Royale effectué par Martin Campbell.
Casino Royale sortira sur Blu-ray Disc et Universal Media Disc le 23 mai. Pour de plus amples informations, consultez le site officiel de Sony Pictures.
| Date de publication: | 16/03/07 |
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| Catégorie: | News |
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